Personne n’a jamais démontré que les graisses saturées étaient dangereuses
06-01-2008-Supposez que vous soyez obligé de vivre en consommant uniquement de la viande rouge et du lait.
Soit une alimentation qui apporte au moins 60% de calories sous forme de graisse, la moitié de cette graisse étant saturée. C’est en gros le cas des Masai, une ethnie nomade vivant au Kenya et en Tanzanie, qui consomment également le sang de leurs animaux. Les gens y sont très minces, ont le taux de cholestérol le plus bas jamais mesuré, et ne connaissent pas les maladies cardiovasculaires. Or, des scientifiques ont suivi un groupe de Masai qui se sont installés à Nairobi, où leur alimentation est devenue beaucoup plus « moderne », et leur taux de cholestérol est monté en flèche. Des observations similaires ont été effectuées sur les Samburu et les Fulani, d’autres tribus africaines ayant elles aussi une alimentation traditionnelle riche en graisses saturées.
La première étude sur laquelle se fonde la conviction actuelle que les graisses, et tout particulièrement les graisses saturées sont mauvaises pour la santé date de 1953. A Keys, dans un article intitulé « Atherosclerosis: a problem in newer public health » (J Mt Sinai Hosp N Y. 1953 Jul-Aug;20(2):118-39) comparait les apports lipidiques et le taux de mortalité pour pathologies cardiovasculaires dans 6 pays : USA, Canada, Australie, Angleterre, Italie et Japon. Ce taux était le plus élevé aux USA, où la consommation de graisses était la plus importante, et il était le plus bas au Japon, où cette consommation était la plus basse. L’auteur concluait que le taux de mortalité cardiovasculaire était positivement corrélé à la quantité de graisses consommées.
Le problème est que Keys donnait cette conclusion sur les données provenant de 6 pays. Or, des données étaient disponibles pour 22 pays. Et lorsqu’on examinait les données pour les autres pays, le lien entre la mortalité cardiovasculaire et la consommation de graisse disparaissait. Par exemple, le taux de mortalité cardiovasculaire était 24 fois plus élevé en Finlande qu’au Mexique, alors que leurs apports lipidiques étaient similaires.
Cela n’a pas empêché la promotion intensive du lien entre les graisses et les maladies cardiaques. Le même auteur a par la suite constaté une association entre le taux total de cholestérol et la mortalité cardiovasculaire, et en a immédiatement conclu que la consommation de graisses saturées – et uniquement celle de ces graisses – augmentait le taux de cholestérol et favorisait les maladies cardiaques. Même si cette corrélation n’était pas constatée dans certains pays.
Depuis, des milliards ont été dépensés pour tenter de prouver cette hypothèse, sans obtenir de résultat concluant. L’étude la plus récente, la Women’s Health Initiative, qui est aussi la plus coûteuse (725 millions de $), dont les résultats ont été publiés en 2006, constatait qu’une alimentation pauvre en graisses et en graisses saturées n’avait aucun impact sur les pathologies cardiovasculaire chez les quelque 20.000 femmes suivies pendant 8 ans en moyenne (1).
Et en 2001, une méta-analyse de la Cochrane Database, portant sur 27 études impliquant plus de 18.000 participants, si elle concluait qu’une alimentation pauvre en graisses était susceptible d’abaisser la mortalité cardiovasculaire, ne comportait aucune donnée fiable qui le démontrait (2).
Peut-être, disait l’auteur principal, parce que les études n’avaient pas duré suffisamment longtemps, ou que l’alimentation n’avait pas été assez pauvre en graisses (mais il ne mentionne pas la possibilité que l’hypothèse de base soit fausse). Et une étude publiée en 2004 sur des femmes ménopausées qui avaient présenté une attaque, constatait qu’une consommation plus importante de graisses saturées était corrélée à une évolution péjorative plus lente de leur pathologie coronarienne, cette dernière étant accélérée par la consommation de glucides (3).
Françoise CREPIN
Source :
What if bad fat isn’t so bad? No one's ever proved that saturated fat clogs arteries, causes heart disease
Nina Teicholz.
http://www.msnbc.msn.com/id/22116724
1— (Low-fat dietary pattern and risk of cardiovascular disease: the Women's Health Initiative Randomized Controlled Dietary Modification Trial. JAMA 2006 ; 295 (6) : 655-66
téléchargeable à :
http://jama.ama-assn.org/cgi/reprint/295/6/655).
2— (Reduced or modified dietary fat for preventing cardiovascular disease. Hooper L, Summerbell CD, Higgins JP, Thompson RL, Clements G, Capps N, Davey S, Riemersma RA, Ebrahim S. Cochrane Database Syst Rev. 2001;(3):CD002137).
3 — (Dietary fats, carbohydrate, and progression of coronary atherosclerosis in postmenopausal women. Mozaffarian D, Rimm EB, Herrington DM. Téléchargeable à :
http://www.ajcn.org/cgi/reprint/80/5/1175)
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